Ils ont répondu à nos questions

Paul Bastide, l’indispensable homme de l’ombre.

Paul, c’est un peu l’inconnu du SRA. Au stade, on le voit pendant l’échauffement, exigeant et bienveillant, avant qu’il ne se mette en retrait. Discret et réservé, Paul Bastide est un des hommes de l’ombre du SRA. Rencontre.

Parlez-nous de votre arrivée au rugby et au SRA
Originaire du bassin, le rugby c’était presque une évidence, et si j’étais plutôt cycliste, j’étais très souvent au stade. C’est là que j’ai fait mes premières armes en tant que préparateur auprès des – de 21 du SCD. Et puis il y a eu l’envie de voir un peu plus haut. J’ai pu rencontrer A. Vercruysse, lui faire part de mon envie, de mon projet. Nous avons beaucoup échangé, et l’homme, son discours, son approche du sport et du rugby, son rapport à l’autre, ont fait que ça a « matché ».

Parlez-nous de votre travail auprès des joueurs ?
Si je devais le résumer, je pourrais dire : « Faire le maximum sur le physique, pour influencer la performance sur le terrain ». Je me situe dans une vision globale, le corps n’est pas ma seule préoccupation, mon souci est aussi celui du bien être quotidien du joueur, qu’il soit bien dans son corps et dans sa tête. J’essaie de les aider sur l’hygiène de vie, le sommeil, l’alimentation. Même si on est au niveau amateur, on ne peut faire l’impasse sur ces aspects-là qui influent sur la performance. Pour y arriver, je m’attache à être à l’écoute des joueurs, à les observer, je regarde leurs données statistiques, mais l’échange est essentiel pour une relation de confiance.

Quelle est votre approche de la préparation, sur le plan technique ?
Le rugby a des spécificités de poste très fortes, aussi, je m’attache à prendre en compte 3 éléments essentiels : Le physique des joueurs, le poste occupé, et les phases de jeu. Je pars de la contrainte du poste et de telle ou telle phase de jeu, pour construire les bons programmes. L’objectif est que le travail permette au joueur d’être dans la bonne attitude, d’avoir le bon geste, d’être lucide dans la prise de décision, d’optimiser son physique tout en le préservant. Pour ce faire, je n’hésite pas à aller m’inspirer ailleurs, dans d’autres disciplines qui ont des analogies avec le rugby : lutte, gymnastique, yoga, athlétisme…

Quelles sont les difficultés dans votre travail auprès des joueurs ?
L’adaptation permanente !… En début de saison, tout est simple, on planifie, on gère une montée en puissance pour être prêt le jour J, en travaillant essentiellement sur les 2 leviers que sont le volume et l’intensité du travail. Après, c’est l’adaptation perpétuelle, mais en ayant toujours pour objectif de faire évoluer les joueurs toutes la saison. Il faut s’adapter aux blessures, aux aléas du calendrier, aux conditions météo, mais sur la durée, il faut surtout éviter la lassitude et susciter l’envie chez le joueur. J’essaie donc de bâtir mes programmes avec de la diversité, de la nouveauté, en étant toujours attentif et à l’écoute du corps et de l’esprit des joueurs.

C’est comment un match pour Paul Bastide ?
Une fois l’échauffement terminé, une fois les joueurs rentrés aux vestiaires avant le coup d’envoi, débute un moment particulier. J’ai envie de rentrer avec eux sur le terrain, et en même temps je ressens quelque chose d’enivrant jusqu’au moment du coup d’envoi. Après, le match je vais le vivre dans mon coin, intensément, intérieurement. Je vais observer les attitudes, les gestes, les courses, les visages des joueurs, tout ce qui peut rendre visible les résultats du travail réalisé, partager aussi ce qu’ils peuvent ressentir comme joies ou comme déceptions.

Quelques mots sur vous ?
Je suis exigeant, en recherche permanente, mais à l’écoute et attentif. J’essaie de faire partager, pas d’imposer, il n’y a rien que je ne fasse faire sans l’avoir fait moi-même d’abord. Je suis curieux, toujours en veille, observateur de ce qu’il se passe ailleurs. Je vis mon métier comme une passion, avec une envie permanente d’évoluer, de progresser, pour à mon tour apporter quelque chose en plus et faire progresser.

CV de Paul Bastide
26 ans
4ème saison comme préparateur physique au SRA
1 saison avec les – 21 au SC Decazeville
Pratique du cyclisme sur route à un très bon niveau
Brevet d’Etat BP JEPS – Activités Gymniques de la Forme et de la Force
Certificat de préparateur physique sportif de haut niveau

Interview d'Arnaud Vercruysse (Coach - Stade Rodez Aveyron)
Vous avez parlé en fin de saison dernière d’une fin de cycle, qu’entendiez-vous par là, et comment cela s’est traduit dans cette intersaison ?
Il y a eu bien sûr la grosse déception avec l’objectif de qualification qui n’a pas été atteint, mais aussi l’arrêt de plusieurs joueurs emblématiques. L’addition des deux nous a obligés à une profonde réflexion où nous devions tirer les leçons sur le plan sportif, mais aussi sur le plan humain. J’entends par là que pour démarrer un nouveau cycle, nous avions à la fois à pallier des départs ou arrêts, mais aussi à recruter en pensant à recréer une nouvelle ossature, à faire renaître un nouvel état d’esprit, à recréer une âme qui s’était un peu étiolée la saison passée, à la grande déception légitime des supporters et partenaires du club.

 

Concrètement cela s’est traduit comment ?
Le plus visible a été le recrutement. Notre volonté a été de faire venir des joueurs avec des qualités rugbystiques bien sûr, mais aussi des joueurs à même d’apporter de la fraîcheur, de créer une nouvelle dynamique, d’insuffler un nouvel état d’esprit. Les opportunités nous ont permis de faire venir de jeunes joueurs qui ont un réel potentiel, une grosse envie de s’exprimer sur le terrain ; mais aussi quelques joueurs qui par leur expérience, leur charisme, sont à même de jouer un rôle moteur dans le groupe au côté des plus anciens, de donner un supplément de confiance, d’apporter aussi de la perforation à certains postes.Il est toutefois important d’insister sur le fait de remercier très sincèrement tous les joueurs qui ont porté la tunique sang et or cette dernière saison et les précédentes. Je reste convaincu que chacun a essayé d’apporter le meilleur de lui-même mais que l’amalgame n’a pu s’opérer comme d’aucun aurait pu le souhaiter.

Cette notion d’état d’esprit semble essentielle pour vous
Effectivement. Nous avons de la chance ici à Rodez d’avoir un public fidèle et nombreux, des partenaires fidèles eux aussi, privés ou publics, des installations de qualité, des bénévoles passionnés qui se démènent pour le club, une ville où il fait bon vivre et qui a une véritable identité, un club plus que centenaire qui a une longue et belle histoire. Nous tenons à ce que les joueurs soient parfaitement conscients qu’ils sont porteurs et dépositaires de tout cela quand ils entrent sur le terrain, en match ou aux entraînements, mais aussi au quotidien dans la vie de la cité. Ils doivent rendre au public, à la ville ce qui leur est donné ; ce qui leur est mis à disposition, c’est un peu ce qui nous a manqué à certains moments la saison passée, nous en sommes conscients.

A une semaine du coup d’envoi de la saison, quels premiers enseignements ?
Je resterai sur le registre de l’état d’esprit. Ce que j’ai vu aux entraînements, en stage, lors des matchs de préparation, au-delà du résultat, me rassure par rapport à ce que j’attendais. J’ai vu des joueurs, anciens et nouveaux très impliqués, très engagés, avec beaucoup d’envie. Mais aussi des joueurs curieux, dans l’échange avec le staff, une réelle envie de bien faire. Pour ce qui est du rugby, on a vu sur les deux matchs beaucoup d’engagement en défense ou en conquête, une saine agressivité, de la prise d’initiative, une progression. Nous passons tout près de la victoire à Aurillac, nous perdons à Oloron avec un groupe très jeune, privé de ses cadres, mais qui a affiché un très bel état d’esprit. Les quelques points faibles relevés faisaient partie du plan de travail pour les dernières semaines, et ont été travaillés depuis.

Un mot sur cette poule 3, avec l’arrivée de gros club après la disparition de la poule d’accession ?
C’est du costaud, c’est une évidence !… Il y a pour moi un gros favori, c’est Romans (VRDR). Un club qui se structure dans la continuité, en progression constante à tous les niveaux, avec un très bel effectif. Pour moi un candidat très sérieux à l’accession à la PROD2. Bien sûr Narbonne, qui arrive avec toute son histoire, mais les années de descente sont parfois délicates à gérer. Et puis il y a des équipes qui sont sur de belles dynamiques, solides sur leurs bases : Aubenas, Blagnac, Nîmes, capables de provoquer quelques surprises. Castanet sera toujours Castanet, beaucoup de renouvellements, mais une vraie culture rugby, un fond de jeu fluide, efficace, toujours capable de belles choses. Et enfin des équipes comme St Sulpice, Céret, Graulhet, et même le promu Fleurance qui sont des villes « rugby » depuis longtemps, jamais facile à manier et qui peuvent brouiller les cartes.

Et Rodez à quelques jours du coup d’envoi de la saison ?
Difficile d’afficher des ambitions précises, alors que nous sommes dans une phase de transition. Nous démarrons cette nouvelle saison avec beaucoup d’humilité, d’autant que le niveau de jeu s’élève d’année en année dans cette fédérale 1. S’il y a une ambition, c’est de donner chaque fois le meilleur à domicile comme à l’extérieur, de mettre notre jeu en place au plus vite, de prendre les matchs les uns après les autres,en essayant d’engranger chaque fois le plus de points. Surtout, il faut que les joueurs prennent énormément de plaisir dans ce qu’ils font… car s’ils en prennent beaucoup, ils en donneront à l’ensemble des personnes qui les suivent. Il y a une forme d’égoïsme à avoir quand on est joueur. Si l’on pense trop à communiquer du plaisir aux autres, on s’oublie soi-même. C’est le meilleur moyen de passer à côté de l’essentiel, et de rater ses prestations.